AVIS D’EXPERT – Les régimes font-ils perdre plus de temps que de kilos ? Le Pr Serge Hercberg, spécialiste de la nutrition, nous éclaire sur ces modes alimentaires.

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LE FIGARO. – Face à la multitude de conseils, on s’y perd. Pourriez-vous nous résumer quelques fondements d’une bonne alimentation pour une personne de poids normal et exerçant une activité régulière?

Pr. Sege Hercberg. – D’abord, favoriser les aliments végétaux. Cela ne veut pas forcément dire devenir végétarien, mais il est important de manger des fruits et des légumes en quantité importante, des légumineuses, des légumes secs, des céréales peu ou pas raffinées. Il faut aussi être attentif à ne pas manger trop gras, trop sucré et trop salé. Le bon moyen consiste à consommer plutôt des produits bruts que des produits transformés.

Préférer également les circuits courts et les produits ayant une faible imprégnation en pesticides. Mais tout cela doit se faire en gardant le plaisir. Il n’y a aucune opposition entre ces recommandations et le désir de bien manger. Si on veut de temps à autre manger trois religieuses au chocolat, on peut le faire, du moment que ce n’est pas tous les jours. L’équilibre de l’alimentation ne doit pas se penser dans une contrainte permanente et sur 24 heures.

Le site Mangerbouger.fr regroupe toutes ces recommandations officielles. Celles-ci sont issues de travaux scientifiques. S’en tenir à ces recommandations est suffisant et cela n’est pas si compliqué, ni contraire au partage et à la gastronomie. Inutile de passer son temps à compter ses calories. Aujourd’hui, près de 500 000 personnes consultent chaque mois la «fabrique à menus» du site, qui aide à réaliser des plats équilibrés, des menus, des listes de courses. Il faut surtout avoir en tête qu’une bonne alimentation et l’activité physique sont les deux composants de l’équilibre nutritionnel et LE moyen de réduire les risques de maladie. Aucun médicament ne permet de réduire le risque de cancer ou de maladies cardiovasculaires comme peut le faire une bonne alimentation.

Que faut-il penser de la pratique qui consiste à enrichir certains aliments en vitamines, sels minéraux, oméga-3?

En France, l’enrichissement des aliments en vitamines, minéraux ou autres nutriments est très encadré. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) est extrêmement attentive sur ces questions. Ensuite, cet enrichissement est-il très utile? J’y vois plus une empreinte du marketing. Dans une alimentation équilibrée, cet enrichissement n’est pas nécessaire, sauf pour quelques cas particuliers très minoritaires. De la même façon, la prise de compléments alimentaires n’est logiquement, pas utile et peut même s’avérer délétère dans un certain nombre de cas.

Beaucoup d’études sont faites sur l’intérêt de certains aliments en cas de maladies graves, dont les cancers. Que peut-on affirmer aujourd’hui avec certitude?

Les études épidémiologiques prouvent que certains aliments ou comportements sont protecteurs et d’autres pas. Quand on regarde des populations différentes, suivies sur le long terme, la consommation de fruits et légumes en quantité importante réduit les risques, entre 20 et 50 %, par rapport à des personnes qui n’en mangent pas assez A contrario, si on recommande aujourd’hui de limiter la consommation de viande à moins de 500 g par semaine, c’est parce qu’il y a une accumulation de travaux scientifiques qui prouvent que, au-delà de ce seuil, le risque de provoquer certains cancers, notamment colorectaux, augmente. Les recommandations françaises, publiées fin mars, ont repris ce chiffre. On peut comprendre que cela soit angoissant, mais c’est un fait.

Pour la charcuterie, cette relation risque de cancer-consommation est convaincante au-delà de 150 g par semaine. Cela ne veut pas dire qu’il faut arrêter de manger de la charcuterie ou de la viande. Mais il y a un risque et il vaut donc mieux en tenir compte, comme il faut faire attention à la cuisson au barbecue, surtout s’il y a un contact entre la viande et la flamme, car les parties brûlées contiennent des substances cancérigènes. On a le même problème avec les toasts trop grillés. Les Anglais viennent de publier une recommandation dans ce sens et la France va suivre.

Justement, le pain n’a plus la cote et c’est la grande mode des régimes sans gluten. Quel est votre avis sur ce point?

Pour le moment, nous n’avons aucune preuve scientifique de la dangerosité du gluten sur la santé. Il va falloir attendre des études épidémiologiques qui compareront des populations qui éliminent le gluten à celles qui ne le font pas, pour voir si elles sont en meilleure santé. Ensuite, des personnes sont intolérantes au gluten et cela nécessite un suivi médical.

L’engouement grandissant des Français, surtout les jeunes, pour le végétarisme et le végétalisme présente-t-il des risques ou un intérêt pour la santé?

Le fait d’être végétarien est compatible avec les recommandations. On peut ne pas manger de viande en intégrant plus de légumineuses dans ses menus. Pour les végétaliens, la question est plus complexe. Il faut être plus averti, car si on ne consomme aucune protéine animale, il est nécessaire de recourir à des produits de substitution. Chez les enfants, cela soulève un certain nombre de questions qui nécessitent d’avoir un avis médical.

Est-ce que manger moins suffit à perdre du poids?

Il y a un problème d’image corporelle dans notre société. Certaines personnes veulent maigrir alors qu’elles n’ont aucune raison de le faire. La perte de poids concerne les individus en surpoids important et cela relève du domaine médical.

Si on vous demande de préconiser un régime, que conseillez-vous?

Aucun régime n’est intéressant pour maigrir. Les régimes effacent tous au départ quelques kilos, mais comme ils sont restrictifs, frustrants, ils s’accompagnent d’un phénomène de désinhibition qui débouche à terme sur des consommations plus conséquentes et font reprendre du poids, parfois plus qu’avant le régime. Il est très dur de perdre des kilos. Il faut donc surtout continuer à ne pas en prendre en suivant les recommandations de bonne nutrition qui, comme nous l’avons vu, ne sont pas si complexes.

Le nombre d’histoires de régimes avec des effets yoyo, nous en entendons tous autour de nous. Et les études épidémiologiques dégagent une tendance claire. Les personnes qui ont des antécédents de régime ont pris toujours plus de poids qu’avant leur régime. En revanche, les personnes qui suivent les recommandations sont celles qui, à terme, vont rester stables, voire perdre, sur quelques années, quelques kilos… Tout en continuant à se faire plaisir.

source: sante.lefigaro.fr

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